Un nouveau SI : projet ou produit ?

J’ai été interpellé par cet article d’HBR publié il y a quelques temps. Il me semble ouvrir une piste concrète et intéressante pour maximiser la valeur extraite des actifs digitaux. C’est l’« approche produit ». Il s’agit d’organiser les projets SI comme si c’étaient des produits : une équipe dédiée, un compte de résultat, une entreprise qui se positionne comme investisseur… Une sorte de BU dédiée au projet sur le long terme. Et ça, ça change tout !
On voit bien l’idée lorsque le logiciel s’adresse à des clients externes à l’entreprise : on aura une monétisation directe de la valeur d’usage pour (et par) les utilisateurs. C’est un peu plus compliqué quand on installe un MES dans les usines, où un logiciel de comptabilité. Il y a néanmoins une inspiration à chercher. Dans l’attention portée au client, mais aussi dans l’ajustement continu au marché.
Imaginons une entreprise qui veut se doter d’un MES pour piloter sa production. L’approche classique consiste à confier à une équipe IT de faire le job : aller rencontrer les métiers (les utilisateurs), collecter leurs besoins, écrire des spécifications, acheter (ou programmer), installer, et hop, le projet est fini. L’équipe projet est dissoute au GoLive : ça passe au support : une autre équipe, formée grâce à la documentation projet. Et à partir de là, on dépanne : on ne change plus rien, ni au process décrit dans les spécifications, ni dans les services apportés.
Avec l’« approche produit », on aurait une équipe dédiée au MES : un vrai Patron bien identifié, avec une large marge de manœuvre, et une équipe pour gagner. Cette équipe rassemblerait des compétences métier (des gens qui une expérience de production), et des informaticiens (solution, infrastructure…). Cette équipe voit ses utilisateurs comme des clients : ceux qui vont transformer leur travail en valeur concrète. Elle s’en occupe, va les voir et comprend leur besoin. Elle a les compétences pour comprendre. Elle met à disposition le MES, et reste à long terme pour ajuster en permanence l’outil aux besoins des utilisateurs, et leur fournir le support mixte (métier et outil) pour en tirer toute la valeur. Sans doute l’équipe est-elle plus petite une fois le projet terminé, mais elle est toujours là. Et elle s’occupe de comptabiliser les bénéfices, pour mettre en évidence la pertinence économique de son produit.
L’approche agile est un pas dans cette direction, mais souvent il lui manque la logique économique. Et l’autonomie qui va avec.
Si cette organisation n’est pas toujours faisable pour des raisons pratiques, de taille critique de l’équipe, de compétence, l’inspiration reste. Pour maximiser la valeur, la clé est de faire travailler ensemble les utilisateurs et les concepteurs des logiciels, structurellement, sur le long terme, avec une large autonomie. Et ça, ça s’organise !



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